lundi 21 décembre 2009

"Et les Suédois, ils sont comment ?"



Même si personne ne me l'a encore textuellement demandé, de deux choses l'une : premièrement, cela va obligatoirement m'arriver, deuxièmement, je me pose d'ores et déjà la question.

Une fois encore, il y a une liaison entre un état d'esprit globalement observable et le cadre de vie que forment les conditions climatiques, la durée d'ensoleillement journalière, la présence envahissante du vide dans le paysage, ainsi que de la roche et de l'eau. La supériorité des éléments naturels sur l'Homme semble avoir laissé une empreinte bien plus inaliénable ici qu'ailleurs. Prétendre que l'Homme peut prendre le dessus absolu sur les journées de cinq heures est une absurdité, donc le Suédois ne lutte pas contre cela. L'antériorité de la roche inspire un respect quasiment animiste. Je ne dis toujours pas que les Scandinaves empruntent encore des chemins pédestres à dos de mulet au somment de cailloux inhospitaliers; mais lorsque des blocs de roche sont dynamités pour laisser passer l'autoroute qui desservira la ville, on ne détruit que le strict minimum et l'intégration du dispositif dans son paysage, son respect du cadre alentour, sont naturellement partie des paramètres de conception.

"Pacifiste" serait donc un terme plutôt juste pour décrire la manière dont les Suédois appréhendent les évènements. On peut voir une cohérence avec des observations au niveau social : nous sommes bien loin de l'hyperactivité démocratique française. La population vit ici dans un calme social et politique assez apaisant : on observe très peu de protestations contre le gouvernement pendant la durée de son mandat, les manifestations sont rares. L'attitude sera d'accepter les sacrifices inhérents à un vote démocratique : insatisfaction de la minorité, délégation du pouvoir à une élite, et caetera. "Nous avons voté pour eux, maintenant, ce sont eux qui décident". Le peuple a tendance à accepter et fait le moins de vagues possibles. Nous avons là potentiellement, à mon sens, le meilleur système politique qui puisse être : la dictature du sage, acceptée par le peuple. Encore faut-il élire le bon sage, mais ceci est une autre paire de manches.


Cette posture "acceptante" est intéressante dans les conséquences qu'elle amène. Premièrement, beaucoup moins de bruit inutile : sans rentrer dans les détails de jugement de valeur de tel ou tel mouvement social sur le territoire français, il est évident que la qualité de vie n'est qu'améliorée par une plus grande sérénité des citoyens : moins de violences, de détérioration du cadre urbain, moins de réactions impulsives aux décisions parfois intelligentes : je pense aux mouvements outrés qui ont eu lieu suite à l'application de l'interdiction de fumer dans les lieux publics en France. Mais l'on peut très facilement retourner cette relative passivité dans une vision plus critique. Des caméras sont placées à peu près partout dans les rues de la ville, dans les magasins et dans les monuments touristiques, pour assurer la "sécurité" de ses habitants ou pour appliquer le péage automatique aux automobiles circulant dans l'agglomération. Les mesures du gouvernement, si elles ont peut-être irrité une partie de la population, ont été appliquées à la lettre, et calmement. Alors que, malgré certains tragiques faits divers qui pourraient donner des arguments au placement de caméras de sécurité, je fais confiance à la population française pour hurler à la violation de la vie privée et pour citer Le Meilleur des Mondes ou Georges Orwell si la Mairie de Paris décidait de scanner chaque individu entrant de manière motorisée dans la capitale.

Autre bon exemple justement, ce système de paiement automatique. Extrêmement critiquable, cette volonté de rendre payante les entrées en voiture dans la capitale. Notons dans un premier temps que la ville de Stockholm propose tous les dispositifs nécessaires pour opter pour une autre solution que la voiture sans pour autant perdre vingt minutes à chaque correspondance. Notons dans un second temps que, excepté le vélo et ses pistes aménagées, toutes ces autres solutions sont payantes, et ne sont pas bon marché. Cette mesure politique oblige donc une classe modeste à troquer sa voiture contre un autre moyen de transport. Une autre classe plus aisée n'aura que faire de dépenser six euros supplémentaires par jour pour amener son pick-up jusque dans le centre de Nörmalm. La réactivité extrême du peuple français aurait très vite voulu faire entendre que ce dispositif était un pas de plus dans la "fracture sociale", demandant une fois encore aux classes moyennes de faire les efforts dont se dispensent les plus aisées. Éventuellement, ceci serait aussi un moyen détourné de nous faire, une fois de plus, dépenser de l'argent pour renflouer les caisses du gouvernement, que sais-je. Oui mais cependant, à Stockholm dès le lancement du péage, l'encombrement automobile a diminué de 18%, les temps de trajets ont été diminué de 30%, le nombre de cyclistes a été multiplié par deux. La part des véhicules "verts", dispensés de péage, a doublé et la pollution de l'air a diminué de manière significative. Alors entre un positionnement accroché à des principes et une amélioration de certains paramètres au détriment d'autres, il faut trouver son positionnement.


Défense effrénée et systématique de principes parfois au dépit du progrès d'un côté, acceptation des réformes parfois au dépit d'une éthique personnelle de l'autre, il est évidemment impossible de choisir un camp de manière absolue et définitive. Mais vivre un autre état d'esprit est forcément enrichissant.

Okay, l'ONU répertorie 192 états membres, plus quelques observateurs ou non-membres. Disons qu'il existe deux cent états dans le monde. Si on se permet un "petit" raccourci, on pourrait dire qu'il existe deux cents manières différentes d'appréhender son système. À raison de six mois par état, un rapide calcul (de tête s'il-vous-plaît) m'indique qu'en 2109 je pourrai peut-être avoir tout entrevu. Je pourrais alors donner un portrait-robot de chaque "identité nationale". Haut les cœurs.

jeudi 17 décembre 2009

Chihuahua Des Neiges

vendredi 4 décembre 2009

Hammarby


Hammarby est un quartier nouveau de Stockholm, construit sur une ancienne zone industrielle de la partie Sud de la ville, au-delà de Södermalm et de la branche Sud de la Baltique. Vitrine municipale d'un urbanisme en faveur du développement durable, le quartier est pourtant la cible de critiques selon lesquelles les bâtiments ne seraient finalement pas si verts.
Nous sommes donc partis visiter naïvement les environs avant de recueillir toute information. La première impression est que les bâtiments sont effectivement typiques d'un "quartier nouveau", mais qui réussirait l'épreuve du "vivant". C'est-à-dire que là où certains nouveaux quartiers, en France ou ailleurs, ressemblent parfaitement à des fantasmes d'urbanistes mais sans les gens dans les rues, ici, il y avait des familles qui se promenaient, des poussettes, des chiens, des enfants qui glissent de leur trottinette et qui pleurent, bref, de la "vraie" vie.
Cela se traduit effectivement dans les bâtiments eux-même, ainsi que dans le paysage. La ville a fait appel à une grande quantité d'architectes, et cela se voit : les bâtiments sont modernes mais tous différents, on peut marcher dans l'herbe, sur le béton, sur des passerelles en bois, sur des ponts en acier, à travers des cours d'eau ou en suivant la Baltique. Tout a été fait contre cette idée de "gamme" ou de "cohérence" qui donne à nos jolies banlieues résidentielles d'effrayants airs de Brazil.
Enfin, les bâtiments aussi modernes soient-ils conservent tous une humilité exemplaire. En quelques pas sur les rochers voisins, aucunement gênés par une quelconque barrière de "propriété privée" ou de "jardin réservé", nous avions dépassé le niveau des toits des plus hauts immeubles.
Evidemment, cette débauche d'architectes et de promenades boisées a un prix, et nous avons par la suite appris sans étonnement que le prix du logement dans cette zone ne permettait qu'à une élite de s'y loger...
Nous en étions à cette étape de nos observations urbano-bucoliques lorsque nous nous sommes faits surprendre, au grand dam de notre enquête écolo, et au grand plaisir de mon appareil photo, par un épais brouillard qui nous a accompagné jusqu'à notre retour.

Toutes les photos sont sur Flickr, et certains sont là.











lundi 30 novembre 2009

Bilan Chihuahua #4

mardi 24 novembre 2009

Cohabitation

Voilà, je devais le dire un jour, l'appellation White Trip vient en fait d'une lointaine référence avortée à un album du groupe new-yorkais The Velvet Underground. Le blog devait au début s'appeler "white light white trip", mais comme c'était beaucoup trop lourd, c'est devenu white trip, qui maintenant fait plus référence à une sorte de voyage en forme de feuille blanche.

Mais là n'est pas la question. L'album White Light / White Heat est donc le deuxième album du quatuor souterrain, sorti en 1968. Je pourrais dire qu'il est l'un des plus grands albums de tous les temps, mais la formule étant quelque peu usée je me contenterai d'exhorter tous ceux qui ont aimé le premier album du groupe à s'injecter celui-ci. Il est construit comme une sorte d'aller/retour entre un homme et sa seringue, et l'avantage est que grâce à cet album le grand public n'a plus besoin de se faire mal à l'avant-bras pour vivre ce type de voyage, pop, sale, et addictif. The Velvet Underground est aujourd'hui plus connu pour sa première pochette que pour l'ensemble de sa musique, et c'est un bien grand tort. La chanson du jour est donc l'éponyme du second album. Mais écoutez-le en entier, c'est facile aujourd'hui.

White Light / White Heat - The Velvet Underground - 1968


Ce que j'aime beaucoup à Stockholm, et principalement sur Södermalm, l'île septentrionale, c'est qu'en quelques heures de marche, et en quelques kilomètres carrés on peut voire cohabiter pacifiquement le béton, le bois, l'eau, le ciel, les arbres, le traditionnel, l'industriel, le populaire et le caché, sans qu'aucun ne marche sur les pieds de l'autre.










D'autres photos sur Flickr.

lundi 23 novembre 2009

Stockholm Is Cool, Stockholm Is Design.


Pour répondre à certaines demandes, pour les étudiants qui seraient intéressés par un stage à Stockholm, et pour les curieux, voici une petite liste de ce que je connais en agences de design Stockholmoises. La liste est bien entendu non exhaustive..


CKR




Claesson, Koivisto et Rune sont les têtes pensantes de ce qui est très probablement le studio de design suédois à la plus forte aura nationale et internationale. Ses trois créateurs opèrent à la fois sous le nom de CKR et en solo, et créent des pièces de mobilier pour les plus grands fournisseurs. Hautes distinctions, têtes d'affiche chez Intramuros et autres, il s'agit du studio qui doit aussi recevoir le plus de demandes d'application. Leur studio emploie une huitaine de personnes.


Monica Förster



Monica Förster est en quelque sorte considérée comme une "étoile montante" du design suédois. C'est à dire que son nom, déjà bien installé à un niveau national et international, continue à se faire reconnaître un peu partout de plus en plus. Petit à petit, elle se retrouve à travailler avec à peu près tous les éditeurs les plus prestigieux, à la Poltrona Frau et Cappellini en Italie, Modus en Angleterre, Council aux USA, E&Y Japan. Son studio est en parfait contraste avec tout ceci, puisqu'il emploie en plus d'elle une unique personne, à laquelle viennent s'ajouter, donc, les stagiaires.


Front Design



Les quatre Suédoises de Front Design sont l'objet du plus récent buzz en ce qui concerne la création Suédoise. Elles se placent plutôt du côté de l'art pour créer des pièces de mobilier et de décoration qui jouent sur l'optique, l'illusion et le statut des objets, et mettent beaucoup d'humour et de cœur dans leurs productions. Leur charisme et leur véritable boulimie créative couplée à un sens percutant de la représentation en font l'un des studios de design les plus prometteurs, et dont on continuera de parler, j'en fais le pari.



TAF



Gabriella Gustafson et Mattias Ståhlbom incarnent une actualité du design "scandinave" à proprement parler. Leur travail est rigoureux, intelligent et leurs créations sont vendues un peu partout dans le pays. Fait notable car ce n'est pas si courant que des meubles aussi exigeant dans leur minimalisme et dans leurs parti pris soient distribués à une échelle aussi importante. Les amateurs de design manifestement minimaliste et effectivement proche de l'épure plastique nordique sont servis ici, et ce de la plus belle manière.



Folkform




Anna Holmquist et Chandra Ahlsell forment un duo discret mais particulièrement intéressant. Reconnues par un cercle d'initiés, leurs créations explorent les liens qui se tissent entre matériaux, leurs imitations, et l'homme. Formellement situées quelque part entre Piet Ein Heek et l'épure scandinave, donc, les créations du studio Folkform sont une sorte de facette plus expérimentale du design de mobilier nordique.


Voici une liste plus rapide des autres studios qui ont retenu mon attention. Vu que je ne saurais vous raconter plus que ce qu'ils expliquent sur leur site, en voici les liens.


Khodi Feiz

Matti Klenell

Thomas Bernstrand

Form Us With Love

Fredrik Mattson

Stefan Borselius

Christian Halleröd

Lots Design

Filial Mundial

Tobias Berneth


No Picnic

Propeller


No Picnic et Propeller sont des agences de design industriel, et sans conteste les plus reconnues. Elles officient principalement dans les domaines du produit et du packaging.

mardi 10 novembre 2009

Rendu de phase 2.

Aujourd'hui, un extrait des maxis de Radiohead sortis autour de l'album Amnesiac, en 2001. Ces maxis regroupent une petite quantité de perles d'expérimentation soniques, éléctroniques, analogiques et vice-versa, parfaitement dosées avec ce qu'il faut de chaleur humaine et de mystère. Fast Track, ma préférée du lot, est une sorte de petit voyage psychédélique, sombre et cartoon en accéléré dans un tunnel sous-terrain, au milieu de créatures et de matières pas réellement effrayantes, mais pas réellement humaines non plus. C'est abstrait, extrêmement riche et vraiment très prenant.


Fast Track - Radiohead - 2001



Comme beaucoup, j'ai fait le choix de réaliser mon stage dans un studio de design de mobilier, mon objectif étant de tenter une expérience complémentaire à celle suivie à l'école, à savoir un cursus de design industriel, où le canon de réussite travaille dans un bureau de design intégré dans une entreprise. Il est entendu que les deux mondes sont loin de s'opposer sur tous les plans, mais il y a tout de même des points réellement nouveaux pour un étudiant bien habitué à suivre sa méthodologie "industrielle", notamment celui de l'aboutissement technique.

Toutes les entreprises prennent part dans la définition finale de leurs produits, et le font depuis plusieurs dizaines d'années. Le postulat est donc qu'ils savent résoudre des problèmes techniques, imaginer des systèmes de fixation, intégrer des pas de vis, donner les dimensions standard des moyens de clipsages, donc à quoi bon essayer de le faire à leur place ? Un suivi au niveau des phases de finalisation et d'industrialisation suffit.

Les éditeurs de mobilier haut de gamme (les géants Capellini, Cassina, Poltrona Frau par exemple) sont des entreprises d'artisans. Leurs ouvriers sont extrêmement qualifiés et leurs dirigeants sont des amoureux du noble design: l'entreprise est bien souvent ravie de prendre part dans l'élaboration du produit. Un projet finalisé pour être présenté à une entreprise de ce type sera parfois loin d'être parfaitement réaliste techniquement parlant, bien souvent les matériaux ne sont même pas définis. On passera des semaines à torturer proportions, lignes et arêtes pour au final laisser les incohérences techniques aux artisans amoureux du défi technique. Le dialogue du suivi se fait entre amoureux de la chose bien faite et est extrêmement respectueux du dessin original.

Pour les étudiants de l'école de design : un projet présenté à une entreprise équivaut grosso modo, en termes d'exigences techniques, à un projet de fin de phase 2.



Mon point de vue de stagiaire idéaliste qui a bien suivi ses cours, est qu'il est dommage de considérer systématiquement ces difficultés techniques comme des éléments venant changer la forme au dernier moment. Dans ce schéma, il y a dans un premier temps le fantasme du designer, poétique, beau, parfait sur le papier, qui est par la suite rationnalisé par l'entreprise et le travail de l'artisan. Et pour finir le designer passe une fois de plus derrière pour arrondir les angles de cette rationalisation: on se retrouve au final bel et bien avec un produit beau et cohérent, qui s'accroche au mur sans que cela entache son identité. Mais dans un monde parfait où le designer travaillerait effectivement avec l'artisan ou l'industriel, ou mieux, s'il était les deux à la fois, le dialogue entre les deux pourrait s'effectuer en permanence, et non au gré de suivis ponctuels. Les contraintes de réalisation peuvent être prises en compte dès le début du processus créatif. Dès lors, le système d'accroche pourrait devenir participatif de la beauté de l'objet, et non juste "pas moche".

Tout ceci peut paraître tout à fait banal pour quiconque a bien écouté ses professeurs à l'école, mais la seule distance géographique entre l'atelier de conception et l'atelier de production est déjà une entrave à une éventuelle fusion des deux. Le circuit des marques ne rend pas cette fusion impossible, il suffit de jeter un œil aux dernières éditions d' Established&Sons par exemple pour comprendre le concepteur fait parfois un tour dans l'atelier. Mais il est intéressant d'observer que cette démarche n'est pas naturelle en tous lieux, loin de là.